Acide est notre première Eau de Cologne. Elle est disponible exclusivement à notre boutique au 10 boulevard des Filles du Calvaire, à Paris.

Mathieu: Hello Will, tu es nez, canadien et parisien, comment en es-tu arrivé là ? 

Will: J’étais étudiant en art, j’essayais de vendre mes peintures et publier mes poèmes mais avec difficulté. J’ai entamé un stage dans un laboratoire d’une prestigieuse maison de parfum et alors j’ai commencé à composer mes propres parfums. Après cela, j’ai créer mon propre laboratoire et je fais principalement des parfums sur mesure pour des particuliers. C’était évident que l’étape suivante soit de créer un parfum pour une marque.

Mathieu: Peux-tu nous dire ce qui fait la différence, en parfumerie, entre une eau de Cologne et un parfum classique ?

Will: L’eau de Cologne est par essence une structure composée d’agrumes et d’aromates accompagnés par des notes fleuries et boisées. La Cologne est fraiche et éphémère par opposition aux parfums plus lourds qui sont conçus pour durer. C’est aussi une question de concentration puisque l’eau de Cologne et l’eau de parfum sont moins concentrées que l’extrait de parfum.


Mathieu: En parfumerie comme dans la mode, le point de départ est toujours la matière. Qu’est-ce qu’il y a principalement dans Acide ? 

Will: Du citron! J’ai choisi une fabuleuse essence de citron biologique que je fais venir de Sicile et qui ressemble beaucoup au sorbet citron: glacé, vif, acide mais aussi lisse. Pour accompagner le citron j’ai utilisé du Lemonile, une matière de synthèse très puissante. Des notes d’orange amère comme le néroli et le petit-grain ajoutent un coté pétillant, en même temps que le lie de vin offre un aspect alcoolisé fruité. La valériane, avec son odeur de draps usés, donne de l’atmosphère à la vie d’hôtel. La note de fond est légère, boisée, herbacée et iodée.

Mathieu: Quand on parle de bergamote ou de mousse de chêne qui sont des matières solides, peux-tu nous dire comment on les transforme en jus ?

Will: Chaque matière se traite différemment. Dans le cas de la bergamote, le zeste du fruit à peine mûr est soumis à une expression à froid pour en extraire l’huile essentielle, exactement comme elle existe dans la nature. La mousse de chêne subît un procédé tout à fait différent: la mousse est trempée dans l’eau, avant d’être extraite par solvants volatiles puis par alcool, pour en obtenir l’absolue de mousse de chêne.

Mathieu: Il faut ensuite assembler tout ça. Pour Acide, tu as aussi fabriqué le jus, dans ton propre atelier, puis tu m’as dit que nous devions attendre un certain temps avant de le mettre en bouteille. Comment tout ça se déroule ?

Will: Le concentré de parfum doit reposer pendant un mois, il s’agit de maturation, le temps que les matières s’apprivoisent et s’assemblent. Cela donne du volume et permet au parfum de durer plus longtemps. Le concentré est dilué dans de l’alcool et de l’eau, mélangé, et macère pendant un mois, avant d’être filtré et mis et bouteille, prêt à être porté.

Mathieu: Et bien sûr, il y a la formule... Tu me disais que certains parfums se formulent à partir de bases, peux-tu nous expliquer de quoi il s’agit ?

Will: En parfumerie les bases sont l’équivalent du bouillon cube, des accords pré-composés pour que le parfumeur les intègre dans ses créations, pour plus de commodité. J’ai utilisé deux de mes propres bases dans Acide: le Sarriettal, une base herbacée à l’odeur de la sarriette, et le Cyclatone, un accord de cyclamen aqueux. Cela m’a permis de garder la formule simple et plus facile à contrôler.

Mathieu: Il y a dans l’industrie du parfum un certain secret qui entoure la formule. Pourtant un jour tu es venu me la déposer au bureau, écrite de ta main - je t’en remercie d’ailleurs elle est très belle. Puis tu m’as proposé que nous la rendions accessible à tous, ce que nous faisons avec plaisir. Peux-tu nous dire ce qui a motivé cette démarche, probablement une première en parfumerie ?

Will: Traditionnellement les formules sont en effet gardées secrètes pour éviter la copie. Ce manque de transparence me semble négatif pour tout le monde: le parfumeur, la marque et le consommateur. Nous avons utilisé de grandes quantités des meilleurs matières, alors pourquoi ne pas le dire au client? Cette recherche de la qualité doit se voir. De plus, pour se préserver de la copie la seule manière est de créer un parfum trop cher à reproduire et c’est ce que nous avons fait.

Mathieu: C’est donc aussi la matière qui protège, par ce qu’elle n’est jamais complètement falsifiable. 

Will: J’ai utilisé des qualités très spécifiques de matières naturelles dont l’odeur est déterminée par leur origine géographique, leur culture, leur extraction et parfois leur âge. Mon essence de lavande provient des Alpes, où la plante pousse à 1500 mètre d’altitude. Mon néroli est de Vallauris et le distillateur en produit moins d’un kilo par an. Mon patchouli a 35 ans d’âge. Pour certains produits comme la bergamote, je mélange plusieurs lots pour créer ma propre qualité, ce que l’on appelle une communelle. Ce sont tous ces aspects qui seront impossibles à reproduire pour quiconque souhaiterait le copier.


Mathieu: Mais elle est aussi instable, c’est à dire qu’elle évolue avec le temps ?

Will: Le parfum est comme le vin, au fil des ans il mature. Les parfums orientaux et cuirés s’améliorent alors que les Colognes ont tendance à souffrir. C’est parce que, avec l’âge, les notes hespéridées s’atténuent alors que celles boisées, ambrées et animales s’amplifient.

Mathieu: Du coup, comment fait-on pour conserver correctement un parfum ?

Will: Certains conservent leurs parfums au frigidaire. Le parfum a trois ennemis: la lumière, l’oxygène et la chaleur. Un flacon scellé, gardé dans une cave, peut se conserver un siècle. Mais qui attend aussi longtemps pour ouvrir son parfum?

Merci Will!

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ACIDE IN GRAZIA! OCTOBER 2018

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